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samedi 9 janvier 2021

Désiré et Lazarine : Une vie de roman 3e partie (2/2)


Ceci est la suite des 3 chroniques suivantes:


**********

Voici les autres lettres de l'échange entre l'administration et mon AAGP Désiré Claude REVERCHON.




Lettre à la Présidence de la République





source: CAOM


Fouka, le 2 mai 1883,


Monsieur le Président de la République,


Je vous adresse cette demande auprès de 
vous pour que si cet effet de votre obligeance
à me faire donner une concession de terrain
en Algérie . Javais fait une demande à Monsieur
le Préfet et il mavait répondu où je désirez
lavoir. Je lui avait fixer . Le vingt neuf 
avril jai reçue une lettre du préfet d'Alger
où il me dit que je ne puit lavoir vue que
je nest de bien en Algérie.
Monsieur le Président je pense que vous devez
vous rappeler de Monsieur Désiré Reverchon
Martineur taillandier à Arbois Jura
le chagrin ma fait partir de chez moi pour
venir en Algérie en 1872 vue que javais eu
les prussiens chez moi. Jai du bien chez moi
c'est mon frère qui en profite pour le moment
vu que jai un bon métier forgeron mécanicien
et sans me flatter je crois en avoir de meilleur
en Algérie. Je suis aller trouver Monsieur
le gouverneur. Je lui est montrer les deux lettres
que javais reçu une lettre du sous gouverneur
et celle du préfet. Il ma répondu que lon
avait donner jusqu'aujourdhui de concession
de terrain. Mais si je pouvez avoir une recom
mandation de votre part, je l'obtiendrez au plutôt
je suis été à l'arsenal, chef de la cartoucherie
J'ai mes certificats de bonne conduite
et je suis été à la ferme école du
gouvernement à Moujdebeure. Jen suis
sortie au mois de Septembre dernier
pour venir m'établir à Fouka, 
vue que jai un petit garçon magnifique
et la ferme où jétait, il a été malade
et sa mère de même.
Monsieur le Président, je pense que vous
ferez pour moi au plutôt quelque chose
que vous savez que nous sommes du 
même département
et que vous me connaissez bien. Mes chères enfants
de même que moi.


Agréer mes salutations 
respectueuses. Reverchon
Adresse: Monsieur Désiré Reverchon, Forgeron Mécanicien à Fouka, Algérie.



Lettre à la Préfecture



Fouka, le 3 mai 1883

 

Monsieur le Préfet,


Ayant reçue samedi dernier votre lettre,
de refut de concession en Algérie
Je viens décrire à Monsieur le Président
de la République. Il me connais et connais toute ma famille
Je nest de bien en Algérie mais jen possède
chez moi et sans me flatter je crois
avoir un [...]comme je le suis
Javais une usine atelier ou jai travailler
pour le chemin de fer, seulement la mort de mes trois enfants chérie
et autre peine davoir les prussiens
chez moi en 1870 ont été la cause
que je suis venue en Algérie en 1872
jai travailler Chef de la cartoucherie d'Alger
et la ferme école du gouvernement
à Moudjebeure, route de Boghari. Jai tout
mes papiers et mes congés militaires
de l'artillerie. Je vous remercie et même
que de votre chef ne pouvez rien faire pour moi
Je pense que Monsieur le Président
ne moublira point, qu'il se rappelera
de Monsieur Désiré Reverchon Martineur
Taillandier à Arbois Jura et connais
bien ma femme qui été de sa parenté
Aujourdhui jai un petit garçon. Je voudrais
bien rester en Algérie plutôt que de retourner
en France. Jai mon frère qui jouit de
ce que jaie vue que jai un métier où
je puit encore gagner ma vie.

 

Agréer mes salutations
respectueuses.
Reverchon



Réponse de la Présidence de la République




 Lettre à la Préfecture


Dupérré, le 7 août 1883


Monsieur le Préfet,


Ayant reçu le 4 mai dernier la lettre de
Monsieur le Président de la République
je ne vous lavez fait parvenir pour savoir
si je peux obtenir une concession de terrain
Je lui avait écrit ma position, il connais
toute ma famille du département du Jura.
Il avait transmis ma demande auprès de
Monsieur le gouverneur Général
Monsieur le Préfet, je pense que vous ne
moublirai point ma demande auprès de vous
Jai été obliger de quitter Fouka vu que le
travaille nallez assez fort et que je perder
beaucoup d'argent par les gens de mauvaises foi
Je suis à Dupérré. Lon ma fait venir
vue que javais un ami Monsieur Frédigier
Propriétaire où il nous a donnez sa propriété
à garder et je travaille de ma parti au
village, en attendant que je peux avoir
une concession pour mi établir
Monsieur, vous ayant déjà demander
où jaurai désirez y aller, aujourdhui il a [...]
Commune mixte de Dupérré, [...]
Monsieur le Préfet, veuillez bien maccorder
une trentaine d'ectare de terrain au village
que je vous site où je pourrez gagner ma vie
pour élever mon petit garçon convenablement
Je conte sur votre obligence que vous ne moubliez
point. Je vous en serez bien reconnaissant de ce que vous
ferez pour moi[...] ma demande auprès de vous.

 

Agréer mes salutations 
respectueuses. Reverchon

Adresse: Monsieur Désiré Reverchon, forgeron mécanicien à Dupérré. 
Campagne de Monsieur Frédigier, en face l'usine.
 


Réponse du préfet






 Réponse de la mairie de Dupérré au Préfet






Lettre à la Préfecture


Blidah, le 30 octobre 1883


Monsieur le Préfet,

 

Veuillez bien mexcuser si je vous est donnez
la peine de mécrire à Dupérré. Daprès ce que 
Monsieur Frédigier  ma dit qu'il été venue une 
lettre venant de la Préfecture pour moi et j'était
parti pour voir si le changement d'air, vue que 
nous étions tout trois bien malade des yeux
Je suis à Blidah, où il se trouve que je
suis parfaitement guérie. Veuillez bien me dire
si jaurai une concession de terrain et jaurais
tout les [...] voulue pour my installer
au plutôt que de travailler chez les autres
et si mal payer aujourdhui.

Agréer mes salutations 
respectueuses. Reverchon


Adresse: Monsieur Désiré reverchon chez Monsieur "Portasse", charron à Blidah.


**********



Voilà tous les documents que j'ai pu récupérer dans son dossier. 
Je vais donc essayer de vous résumer leur parcours et leur fin de vie .


Comme je vous l'avais déjà dit, Désiré REVERCHON est parti pour l'Algérie en 1872, en laissant sa femme derrière lui, pour fuir le chagrin causé par la perte de ses trois enfants et le traumatisme de l'occupation pendant la guerre de 1870 avec la Prusse. Il laisse ses biens à son grand-frère Jean Louis.

Il s'installe donc en Algérie et fait la connaissance de Marie Lazarine BOITEUX. Je ne connais pas les circonstances de leur rencontre et je ne sais pas si Marie Lazarine quitte son mari pour Désiré ou si elle l'avait déjà quitté. Toujours est-il qu'il se rencontre, se mettent en couple mais ne se marient pas.

Le 15 janvier 1882, à Boghari, village situé à 135 km d'Alger, Marie Lazarine donne naissance à un petit garçon qu'il prénomme Fernand Joseph. Malheureusement l'acte de naissance n'est pas en ligne sur le site du CAOM.

Pendant cette période, Désiré est inscrit à le ferme-école de Moudjebeur. Il suit un enseignement agricole durant quelques mois et en sort en septembre - octobre 1882.


Ancienne Bergerie Nationale et Ferme-Ecole de Moudjebeur 

Il demande un concession de terrain pour pouvoir laisser quelque chose à son fils, comme il le dit souvent dans ses lettres. Malheureusement, il n'obtient aucune concession. 

Pour pouvoir gagner sa vie il travaille pour des particuliers qui lui confie certains travaux. Il exerce le métier de forgeron mécanicien.

Ils habitent tour à tour à Boghari, puis à Fouka, à Dupérré et reviennent ensuite à Boghari.

Marie Lazarine, sans doute pour se cacher, change de nom et de prénom, c'est ainsi que sur certains documents, elle se fait appeler Victorine BRAI, sur d'autres Marie Victorine BOITEUX, Victorine Lazarine ou bien encore   Marie Antoinette BOITEUX sur l'acte de naissance de son fils Fernand..

D'après les lettres de Désiré , Marie Lazarine et Fernand Joseph sont souvent malades. Leur condition de vie qui parait précaire, semble en être la cause.  

Marie Lazarine BOITEUX s'éteint le 24 septembre 1887 à Boghari, à l'âge de 45 ans. Je n'ai pu retrouver son acte de décès car il est encore dans les archives Algériennes cependant l'acte de mariage de sa fille Marie Henriette, du 6 août 1901, nous indique que dans son acte de décès il est mentionné que Marie Lazarine est "désignée avec un prénom de plus que dans son acte de naissance". 

Fernand n'a alors que 5 ans.


Extrait de l'acte de mariage de 1901 de sa fille Marie Henriette Rofast (source: CAOM)


Désiré est encore ravagé par le chagrin, il part pour Mustapha. 
Il ne lui survivra que quelques années de plus. 
Il décède à son tour le 18 juillet 1893 à l'hôpital de Mustapha. Il meurt à l'âge de 65 ans. Il laisse derrière lui son fils Fernand âgé de 11 ans.


Acte de décès de Claude Désiré REVERCHON à Mustapha (source: CAOM)


Sur son acte de décès on peut lire qu'il est l'époux de Antoinette Vuillermoz. A t'il eu une nouvelle compagne ou bien est ce le nom de son épouse d'Arbois qui fut mal orthographié, je ne le sais pas. Je n'ai trouvé aucune trace d'une certaine Antoinette Vuillermoz. L'acte de décès de son épouse Antoinette Othilie Vermot, qui s'éteint le 24 décembre 1899 à Arbois, indique lui aussi qu'elle est veuve de Claude Désiré REVERCHON. Il ne semble pas y avoir eu de divorce et il semble qu'ils soient restés marié pendant toutes ces années.


Extrait de l'acte de décès d'Antoinette Othilie VERMOT, 1ére épouse de Claude Désiré REVERCHON (source: Archives du Jura)


Et vous allez me demander ce qu'est devenu mon AGP Fernand? Il semble avoir été élevé par l'une de ses demi-sœurs, fille du premier mariage de Marie Lazarine BOITEUX. Mais ça c'est une autre histoire que je vous raconterai dans un autre article.



mercredi 12 février 2020

Désiré et Lazarine : Une vie de roman 3e partie (1/2)

Désiré et Lazarine : Une vie de roman 3e partie (1/2)




Il y a quelque temps déjà, je vous racontais la première partie de la vie de mes arrières-arrières grands-parents paternels. 
Pour vous rafraîchir la mémoire, voici les articles concernant Désiré Claude REVERCHON et Marie Lazarine BOITEUX.



Une rencontre méconnue


Après avoir quitté leur vie respective, Désiré et Marie Lazarine se sont rencontrés. Encore marié chacun de leur côté, ils ne sont pas passés devant le maire.

Comment se sont ils rencontrés, au fait? 
Je ne le sais toujours pas et cela risque de rester à tout jamais un mystère. Cependant j'ai une hypothèse: l'époux de Lazarine, Jean Louis Rofast, était ajusteur mécanicien et Désiré était forgeron mécanicien. Au vu de leurs adresses respectives relevées dans divers actes, il semble qu'ils habitaient tous dans l'ancien quartier de la Marine à Alger. 




Le quartier de la marine (Alger)

Le quartier de la marine (Alger)

Le quartier de la marine (Alger)



Peut être étaient-ils alors mécaniciens pour la Marine. 
Peut être aussi se sont-ils alors rencontrés à l'occasion de leur travail. 
Peut être aussi étaient-ils amis. 
Marie Lazarine se serait elle enfui avec Désiré pour changer de vie?



Une vie de roman épistolaire


Leur nouvelle vie ensemble ne m'apparaît pas clairement. Je la devine au travers de lettres écrites par Désiré. En effet, au cours de sa nouvelle vie en Algérie, Désiré décide de se reconvertir.
Il rentre à la ferme-école du gouvernement à Moudjebeur vers 1880-1881 et à sa sortie il demande une concession de terre qui lui est refusé. S'ensuit alors de nombreux échanges de lettres (relances, recours) avec le maire, le gouverneur, la préfecture et même la Présidence de la République de l'époque.

Au travers de ses lettres, il livre ses sentiments et raconte les malheurs qui ont jalonné sa vie et celle de sa "femme" (qui n'est pas nommé par son véritable nom), ainsi que les choix qui l'ont amené à prendre certaines décisions. 

Pour vous raconter leur vie je vais donc vous "lire" ces lettres datant toutes de l'année 1883. 
Je ne peux vous mettre les photos car elles sont de très mauvaises qualités. Je vous les retranscrit donc tels quels.



Lettre à la Préfecture


Fouka, le 7 février 1883

Monsieur le préfet,

Je vient soliciter par une demande de concession ou il y a environs deux ans je suis aller trouver Madame Albert grevis vu que Monsieur albert ne se trouvez elle mavait bien fait promettre de revenir. Je ne ment été plus occuper. Aujourd'hui j'ai un petit garçon, je désirez bien le lui laisser quelque chose un jour ou avec la personne que je suis, vue quelle na eut de chance avec sa famille elle a trouvez au lit de mort de Madame Salas Mère, elle avait bien été trouver Monsieur Salas chef de bureau lui raconter les peines et les chagrins quelle a éprouver Mais elle ne cest santie le courage.Monsieur le prefet je pense que vous ferez quellechose pour nous. Je suis petit parent avec MonsieurJules Grevis president de la république et voisin du même département du Jura, Vers en Montagne.Je suis été 4 ans Militaire ouvrier d'artillerie à Strasbourg et est les prussiens chez moi pendant [...]la guerre de 1870 [...] mes trois enfants [......] que j'ai éprouvé dans mon usine que j'avais à arbois jura pendant cette triste guerreJe suis venue Alger en 1872. Je nest que de bon papier et de bon certificat à fournir, jai des biens de ma famille avoir d'un instant à l'autre. je sort de la ferme du gouvernement  de la ferme école de Moujdebeur je suis sorti pour metaier à Fouka forgeron Mécanicien je conte bien sur vous, Monsieur le préfet pour une concession auplutôt. si vous ne pouvez faire pour moi j'écrirez au president de la république à paris.Mais daprès Mes papiersje pense que vous maccorderez vous même au plutot.

Agrée Mes salutations respectueuse
reverchon
Adresse: Monsieur désiré reverchon forgeron Mecanicien à fouka



Lettre à la Présidence de la République


Fouka, le 1er Mars 1883

Monsieur le président de la république,
Veuillez bien Me venir en aide à la
demande que j'ai fait à la préfecture d'alger
au Mois de février 1883. pour tachez davoir une concèssion de terrain
il y a environ deux ans je suis allez trouver le gouverneur dalger
et il ne s'y trouver. je suis été reçu par MadameGrévy
ainsi que de Monsieur son fils. pour lui raconter ma position
je suis du département du Jura de Vers en Montagne
et ait les prussiens dans Mon Usine le temps de la
guerre de 1870. j'ai perdue trois enfants que jadorez
jai été Marier avec Othilie Villmot d'arbois  aujourdhui
le chagrin a voulue que je vienne en algerie depuis
1872. jai de bon papier à fournir et de bon certificat
de ma conduite. je suis été 14 ans ouvrier dartillerie
et travailler surveillant à l'arsenal dalger. je vient
de quitter Moudejebeur ferme lécole véterinaire
pour pouvoir metablir à Fouka. j'ai un petit garçon
que je desirez le lui laisser un petit avenir
vous savez Monsieur le président que nous
sommes du même département  et si
vous pouvez me recommandez au près de
Monsieur le prèfet dalger pour tachez davoir une
concession de terrain au plutot. jai un peut de bien à
arbois jura je le vendrez pour tachez de faire une petite
position à mon fils au plutot. veuillez bien voir que
Ma demande nest pas bien écrite seulement
je laie faites de ma main. je vous implore votre
protection au plutot si vous le voulez pour que
je puissent avoir un petit avenir sur mes vieux jours.

 

Agrée Mes salutation respéctueuse
désiree Reverchon

 

Adresse: Monsieur désirée Reverchon
forgeron Mécanicien à Fouka
commune de Koléah Algerie


Lettre au Gouverneur Général


Fouka, le 12 Avril 1883

Monsieur le gouverneur Général,

Veuillez bien mescuser si je me permet de vous 
écrire puisque je suis été Mis en instance au 
près de vous pour avoir votre protection. je pense que
nous ne Moublirez point auprès de Monsieur le préfet
d'alger au plutot.je serez bien heureux de pouvoir être
chez Moi ayant un bon Métier forgeron Mécanicien
et dans un village convenable. javais écrit à
Monsieur Grévy président de la république ou il me
connais parfaitement toute Ma famille. il cest bien
les pertes que jai éprouver en 1870 avec les prussiens
chez Moidans Mon atelier dans le département
du Jura Arbois. il cest que jai perdu Mes trois
enfants qui été tous elevé. Aujourdhui
que je viendrez à me fixer en Algerie depuis
1872 je suis en algerie et je nest que de bon papier
à fournir je suis été à larsenal dalger, chef
de la cartoucherie jai quitter pour allez dans
linterieur. jai quitter la ferme école de véterinaire
du gouvernement au Mois octobre dernier pour venir
à Fouka.
Monsieur le Gouverneur Général
je ne cest si il faut que jenvouiret Mais papier
à Monsieur le prefet, ou bien que je descende à alger
les lui porter moi même, si je puit navoir besoin
dy aller jen serez bien satisfait.
Il me reste à bien vous remerciez de ce vous ferez
pour nous. jai un petit garçon et je desirez à que je
puissent le lui laisser quelque chose un jour.

l'assurance de Ma consideration distinguer
Reverchon

Forgeron Mécanicien à Fouka
commune de Coléah Algerie

Recevez Monsieur le Gouverneur Général
Adresse: Monsieur Désiré Reverchon


Les courriers de l'administration 


Lettre de la Préfecture d'Alger au Maire de Koléa
Lettre de la Préfecture d'Alger au Maire de Koléa (source: CAOM)

Lettre de la Préfecture d'Alger à Monsieur Désiré REVERCHON
Lettre de la Préfecture d'Alger à Monsieur Désiré REVERCHON (source: CAOM)

Feuille de renseignement pour l'obtention d'une concession de terre
Feuille de renseignement pour l'obtention d'une concession de terre (source: CAOM)

Formulaire de soumission pour l'obtention d'une concession de terre
Formulaire de soumission pour l'obtention d'une concession de terre (source: CAOM)



Dans ces courriers Marie Lazarine est citée sous le nom de Victorine BRAI. 
Le prénom de Victorine se retrouve quelquefois accolé à ses prénoms: une fois elle s'appelle Marie Victorine BOITEUX et une autre fois c'est Victorine Lazarine BOITEUX. Ces prénoms ne sont utilisés uniquement que pour les actes concernant sa seconde vie (les actes concernant son fils et son acte de décès). Par contre, le nom de BRAI m'est inconnu. Pourquoi avoir choisi ce nom? Sans doute pour disparaître et ne pas laisser de trace. Et d'où vient-il? Aucune idée.


Je vous retranscrirez les prochaines lettres dans le prochain article. A suivre, donc ...

samedi 2 novembre 2019

#ChallengeAZ 2019 - B comme Blanchisseuse

#ChallengeAZ 2019 - B comme Blanchisseuse




Dans son sens premier, une blanchisseuse est celle qui blanchit et qui prend soin du linge, qui le rend propre.
Mais alors que de nos jours, laver son linge est une activité somme toute banale; autrefois, cette occupation était, pour une certaine frange de la population, une corvée qui était déléguée à d'autres femmes d'une condition plus humble.


  • Profession: blanchisseuse

C'est un métier presque exclusivement féminin. Loin d'être la simple ménagère qui nettoie le linge du foyer, la blanchisseuse travaille soit à son propre compte, pour un ou plusieurs patrons (familles aisées) ou bien de façon plus large pour une entreprise ou atelier de blanchisserie. 

Selon le lieu de vie, ville ou campagne, la blanchisseuse allait laver le linge aux lavoirs, à la rivière, aux bateaux-lavoirs ou bien dans un atelier. Les conditions de travail étaient ainsi différentes: plus ou moins agréables ou très contraignantes. 

C'est un métier, tout de même, très difficile: 
   - les femmes sont le plus souvent agenouillées ou le dos courbé. 
   - les mains abîmées par le contact permanent avec l'eau, le savon (quand elles n'utilisent pas de la cendre) ou par des infections causées par le contact avec le linge non désinfecté. 
   - des problèmes respiratoires fréquents dus à l'atmosphère humide et viciée dans laquelle elles évoluent: beaucoup mourraient de tuberculose.

Elle travaille souvent avec une repasseuse.





  • Quels ancêtres?


Là encore, une seule personne de mon arbre pratique ce métier.

Son nom: Marthe BOITEUX, mon arrière-arrière-arrière grand-mère du côté paternel.

C'est la mère de Marie Lazarine Boiteux.

Marthe Boiteux est née le 13 juin 1815 à Poiseul-la-Ville-et-Laperrière, dans le département de la  Côte-d'Or, en Bourgogne.
Elle est la fille de Renaud Boiteux (1778-1835) et de Edmée Rousselet (1781-1857). Elle est l'avant dernière de leurs sept enfants.

Sa famille est modeste: ses parents sont, un temps, cabaretiers mais par la suite la situation se complique et son père finit sa vie comme manœuvre.

Marthe, quant à elle, travaille en tant que blanchisseuse à la campagne puis à Dijon.

En 1840, elle part pour l’Algérie. Là-bas, elle travaille toujours comme blanchisseuse, dans le quartier de la Marine, sans doute pour le compte de familles d'officiers. 

Elle devient mère célibataire en 1842 et continue sa profession pour élever sa fille.


Acte de naissance de Marie Lazarine Boiteux, fille de Marthe Boiteux
Acte de naissance de Marie Lazarine Boiteux, fille de Marthe Boiteux (source: CAOM)


Dans les années 1850, elle hérite de la fortune d'un officier en retraite: Antoine BAUMEYER. Sans doute l'un de ses employeurs.

Elle marie sa très jeune fille en 1856 puis disparaît. Je perds sa trace. A t-elle changé de vie? Est-elle partie d'Algérie? A t-elle fini ses jours comme blanchisseuse?  

C'est l'un des plus grands mystères de mon arbre que je souhaiterai un jour résoudre.
Je reviendrai sur sa vie plus en détail dans un prochain article car la recherche de ses origines et de sa vie a été, avec celle de sa fille, l'une des plus compliquée et l'une des plus intéressante que j'ai eu à faire. 

lundi 9 juillet 2018

Désiré et Lazarine : Une vie de roman 2de partie

Désiré et Lazarine : Une vie de roman 2de partie


Précédemment à cet article, je vous parlais de mon arrière-arrière grand père Désiré Claude Reverchon, du moins du début de sa vie jusqu'à ses 44 ans. Après une vie assez mouvementée et jalonnée de malheurs, il avait décidé de tout quitter pour partir en Algérie, pour fuir dans l'espoir de trouver peut être une vie plus agréable et surtout d'oublier la mort de ses enfants.
Cette fois, je vais vous parler de mon arrière-arrière grand mère Marie « Victorine » Lazarine Boiteux, qui elle aussi n'a pas vécu une vie très calme. C'est elle qui, dans mon arbre, m'a donné le plus de travail. Mais après de très nombreuses années de recherches, j'ai enfin pu retracer une grande partie de sa vie.



Marie Lazarine Boiteux


Sa recherche : un parcours du combattant

D'elle, je ne connaissais que son nom et ses prénoms,et encore j'ai eu de grosses surprises. Je n'ai même aucune photo. 
Au cours de mes recherches, je n'arrivais pas à la retrouver dans les archives du CAOM. C'était avant leur mise en ligne. Sur les actes de naissance, de décès et de mariage de mon arrière grand père, elle était nommée Victorine Lazarine Boiteux, sur des papiers administratifs elle s'appelait Victorine Brai. 
Une fois les archives en ligne, j'ai remarqué une certaine Marie Lazarine Boiteux, mais celle-ci s'était mariée plus tard à un homme qui n'était pas mon arrière-arrière grand père. J'avais donc conclu que ce ne pouvait être elle et j'avais abandonné cette piste.

Il m'arrivait quelquefois de laisser de côté des recherches qui ne donnait rien pour y revenir plus tard avec les idées plus clairs. C'est ce que j'ai fait pour elle à plusieurs reprises et à chaque fois je trouvais un indice, une bonne piste qui me faisait plus ou moins avancer. 
Je suis donc revenu sur la piste de cette Marie Lazarine, la seule Boiteux susceptible de convenir, et j'ai creusé un peu plus en relevant des indices dans les actes de mariage de ses enfants.
Des contacts avec des descendants de Marie Lazarine m'ont permis enfin de faire le lien entre elle et mon arrière-arrière grand mère. Elles se sont révélées être une seule et même personne. Je l'avais enfin trouvé.

Mais remonter sa branche m'a demandé encore plus d'efforts et de temps mais ce n'est pas ici le propos.


Sa jeunesse


Marie Lazarine Boiteux est née le 31 août 1842 à Alger, l'une des plus importante villes d’Algérie.


Illustration du Vieil Alger
Illustration du Vieil Alger (source: Geneanet)


Elle est la fille de Marthe Boiteux et, est née de père inconnu. Marthe est blanchisseuse, elle a 26 ans et habite au 78 rue d'Orléans dans le quartier de la Marine, quartier aujourd'hui disparu. Deux sites très intéressants parle de ce quartier, à voir ici et là.


Acte de naissance de Marie Lazarine Boiteux
Acte de naissance de Marie Lazarine Boiteux (source: ANOM)



Alger, la rue d'Orléans dans le quartier de la marine, gouache, Henri Hourtal
Alger, la rue d'Orléans dans le quartier de la marine, gouache, Henri Hourtal

A ma connaissance, elle n'a pas eu de frère et sœur.

De sa jeunesse, je ne sais rien, juste qu'elle déménage au 12 rue des Lotophages, toujours dans le quartier de la Marine. 

En 1854, sa mère Marthe devient la légataire universelle d'Antoine Baumeyer, officier en retraite, âgé de 56 ans à sa mort. Il lui lègue tous ses biens. J'ai cru un temps qu'il pouvait s'agir du père de Lazarine mais il se trouve, après étude de son parcours militaire, qu'il n'habitait pas encore l'Algérie. Peut être que Marthe travaillait pour lui et qu'il s'était pris de tendresse pour cette mère célibataire qui devait travailler dure pour élever sa fille. Peut-être lui rappelait-elle sa mère qui était, elle aussi, fille - mère célibataire.


Jugement héritage Marmod - Boiteux, Journal du Palais, 1856

Jugement héritage Marmod - Boiteux, Journal du Palais, 1856

Jugement héritage Marmod - Boiteux, Journal du Palais, 1856

Jugement héritage Marmod - Boiteux, Journal du Palais, 1856
Jugement héritage Marmod - Boiteux, Journal du Palais, 1856 (source: Gallica)


Sa vie fut elle plus agréable alors, je ne le sais pas.


Son mariage 

Lazarine se marie le 5 juin 1858 à Alger avec Jean Louis Rofast. Elle n'a alors pas encore 16 ans et exerce déjà la dure profession de repasseuse.


Acte de mariage de Jean Louis Rofast et de Marie Lazarine Boiteux

Acte de mariage de Jean Louis Rofast et de Marie Lazarine Boiteux
Acte de mariage de Jean Louis Rofast et de Marie Lazarine Boiteux (source: ANOM)


Son mari Jean Louis est ajusteur mécanicien dans la Marine et est né à Touille, en Haute Garonne, le 28 novembre 1833.

Jean Louis ROFAST
Jean Louis ROFAST (source: Geneanet)



La mère de Lazarine, Marthe est présente à son mariage mais étrangement je ne trouve plus trace d'elle par la suite, comme si elle avait quitté l’Algérie.

Ils iront habiter au 1 rue des consuls.

Très vite Lazarine tombe enceinte. Elle accouche d'un garçon, Émile Louis, le 15 mai 1859.

Deux ans plus tard, elle donne naissance à une fille, Marie Henriette, le 7 octobre 1861.
Ils habitent désormais au 14, rue Bab El Oued.

Le 28 mars 1864, un autre garçon voit le jour. Louis Pierre naît le 28 mars 1864. A cette époque, ils ont encore une adresse différente, ils sont domiciliés alors au 6 impasse Philomène, toujours à Alger.

Enfin, elle donne naissance à une deuxième fille le 15 août 1868. Elle se prénomme Amélie Marie.
Ils ont encore déménager et habitent maintenant au 2, rue de la Taverne.


Sa disparition et le jugement de séparation

Deux de ses enfants se marient en 1883 : Emile Louis se marie le 14 juin à Médéa avec Lucie Marie Grégorio et sa fille Marie Henriette se marie le 27 septembre à Alger avec Adam Frédéric Langlotz, un citoyen allemand. Mais Lazarine n'y participe malheureusement pas. En effet, les deux actes de mariage m'ont appris que Lazarine avait disparu depuis plusieurs années.
Quand a t-elle quitté sa famille exactement, impossible de le dire. Peut-être à la fin des années 1870. Un acte de notoriété a même été établi pour constater sa disparition, mais impossible de le retrouver car ces actes ont, soit été détruit à un moment donné ou bien ils sont encore dans les Archives Algériennes.

Cependant, dans l'hebdomadaire des Archives Commerciales de la France, le numéro du 13 janvier 1884 nous apprend le jugement du 5 février 1883 pour Séparation de corps et de biens des époux Rofast et Boiteux. 


Notification de jugement de séparation de corps et de biens
Notification de jugement de séparation de corps et de biens, tiré du journal hebdomadaire des Archives commerciales de la France, 13 janvier 1884 (source: Gallica)


Pourquoi cette rupture? Des indices dans une lettre, écrite quelques années plus tard, et dont je vous parlerez prochainement, me font penser à une situation conflictuelle au sein du couple voir peut être à de la mal-traitance. Je ne vois que cette hypothèse pour expliquer qu'une mère, de l'époque, fuit en laissant ses enfants derrière elle. Mais bien sûr, ce n'est qu'une supposition.



La prochaine fois je vous parlerez du couple de mes arrières-arrières grand parents Désiré Claude Reverchon et Marie Lazarine Boiteux, pour leur seconde vie.

#ChallengeAZ 2021 - G comme GINESTET Jean Joseph

  ✻✻✻✻✻✻✻ Sources : Photos:  Geneanet  ( 81michele) Actes et registre matricule:  AD81